« 8 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 251-252], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11376, page consultée le 24 janvier 2026.
8 mars [1837], mercredi midi
Bonjour vous, vous avez très bien fait de ne pas venir cette nuit, vous auriez pu
attraper la maladie honteuse qui me dévore, quoique
cependant je vous croie [enduit ?] et farci de la drogue préservatrice,
l’indifférence et je vous en fais mon compliment bien sincère.
Pendant que je
dormais, on est venu apporter la cassolette. Elle est là, elle me parait très bien
arrangée et pas trop cher : en tout 6ff 10.sous Je suis toujours un peu malade, mais je ne suis pas du
tout en colère contre vous. Eh ! bien oui, au contraire, je crois que je commence
à
vous imiter, à force de voir. Ça n’est pas étonnant, enfin d’ici à très peu de temps,
il est possible que ma tranquillitéa et mon indifférence surpassentb la vôtre, ce qui serait un peu fort,
n’est-ce pas ? En attendant je fais tous mes efforts pour en avoir au moins l’apparence.
Jour mon petit oto, jour mon vieux ami, jour mon bonhomme. As-tu bien dormi au moins ?
As-tu fait de bons rêves ? C’est très important dans l’état ou nous vivons, au moins
que le sommeil nous dédommage de l’insipidité du réveil.
Quant à moi je souffre,
c’est déjà une occupation, ensuite je pleure, ce qui est une distraction, et puis
enfin je t’aime, ce qui est toute ma vie.
Mon cher petit oto, en commençant cette
lettre j’avais un peu de tristesse et d’amertume, mais je n’en ai plus à présent,
je
suppose que si tu n’es pas venu, c’est que tu ne l’as pas pu, mais comme rien ne te
force à vivre avec moi si tu ne m’aimes plus ou si tu m’aimes moins, je pense que
ce
n’est aucune de ces deux raisons qui t’empêche de venir me voir plus souvent, est
puis
c’est que je t’aime et que je t’aimerai toujours.
J.
a « tranquilité ».
b « surpasse ».
« 8 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 253-254], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11376, page consultée le 24 janvier 2026.
8 mars [1837], mercredi après midi, 3 h.
J’ai bien hâte de vous voir mon cher bien-aimé, ma fierté et ma force n’est
qu’intérieure et je sens plus que jamais que je suis faible au fond de l’âme et que
j’ai plus que jamais besoin de vous voir à tous les instants de ma vie.
Je suis
toujours malade, je crains que ce ne soit une décrépitude prématurée car en vérité
ce
que je ressens ressemble à l’anéantissement.
J’ai vu Jourdain tout à l’heure qui m’a encore parlé du
théâtre. Je suppose que c’est ce motif là plutôt que celui de savoir si son compte
est
exact qui le fait venir si souvent chez moi. Il m’a promis de m’envoyer Manière demain sur les 4 ou 5 h. du soir. Tout cela ne m’empêche pas de désirer ta
présence, tout cela ne me fait pas t’aimer moins et n’occupe pas seulement assez ma
pensée au point de m’empêcher de trouver que chaque minute qui s’écoule est un
siècle.
Quand donc redeviendrez-vous amoureux de moi mon cher adoré ? Plus
jamais, probablement, et c’est ce qui fait que je suis triste et découragée et que
je
voudrais mourir… Te voilà, j’espère. Tant mieux. Oui…
8 h. ¼ du soir
J’en étais là de ma lettre, mon cher adoré, quand tu es venu. Je ne t’ai pas reçu
comme je le devais et surtout comme je le sentais, mais c’est qu’aussi je suis
quelquefois bien malheureuse et bien aigrie, à force de t’aimer et de te désirer
infructueusement.
Tu n’es pas revenu ce soir, cependant tu sais bien que ce n’est
pas la présence de Mme Lanvin qui peut faire une grande distraction à ton absence.
J’ai
été si méchante tantôt que je veux te faire oublier mes torts par beaucoup de douceur
et beaucoup de résignation. Aussi je ne fais que te prier de venir le plus vite
possible.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
